Tante Yvonne: Tenez-vous droite!

Je fus très longtemps – trop longtemps – inconsciente de mon maintien vicieux. Ce n’est qu’à l’âge de trente cinq ans qu’un événement fortuit me mis la puce à l’oreille :

 

Je m’étais, en ce temps-là, confectionné une chasuble en laine peignée, afin de profiter très vite de ma nouvelle machine à coudre, laquelle m’avait coûté une petite fortune pour l’époque, mais qui, en compensation, pouvait réaliser une cinquantaine de points de broderies différents.

 

Quand j’eus coupé puis assemblé et faufilé le tout, j’eus hâte de contempler ma nouvelle image dans la psyché – et là – j’apercus – ou du moins cru apercevoir – un certain défaut au niveau de l’épaule droite… Difficile à croire que j’avais fait une erreur de plus d’un cm à ce niveau-là, j’étais très soigneuse, et consternée de constater ma prétendue étourderie par rapport à un travail qui me passionnait et que je prenais très au sérieux.

 

Et, effectivement, il n’y avait pas la moindre erreur de coupe…Cherchez l’erreur ! Car il fallait bien la trouver, vu qu’à ce niveau-là, si je ne rectifiais rien, mon épaule droite avait l’air de flotter dans la chasuble. Je recoupais donc à ce niveau le cm de trop…et…ça marcha – tout était parfait. Sauf que je remarquai en cette occasion que je me tenais de travers, et que mon épaule gauche était plus haute que la droite. Et comme j’avais coupé symétriquement, me référant à l’épaule gauche, forcément, la droite baillait.

 

Bon, un peu embêtant. Mais après tout, personne ne l’avait, semblait-il, jamais remarqué, et, d’évidence, à part ça, rien ne semblait cagneux dans ma personne. Et puis, les jours passant, je ne fis pas de fixation particulière sur ce « petit » problème !

 

Quelques années plus tard, la fantaisie me prit de me lancer dans le patinage, car, enfin, une patinoire avait été construite du côté d’Amnéville !

Comme un hussard, je me lançais, très fière de mon allure de hockeyeuse. Je mis de nombreuses années à me libérer de mes erreurs de débutante. Je commençai, après quelques leçons de bon maintien prodiguées par la professeure, par me soucier, enfin, de cette fameuse épaule gauche. Elle devint ma hantise, pendant plus de 2 décennies. Car elle m’empêchait de réaliser, d’un côté, ce que j’effectuais facilement, de l’autre côté. Je passai une radio de cette épaule : non, je n’avais pas de déformation de mon squelette. Il s’agissait juste d’une attitude vicieuse que j’avais délibérément adoptée. Une sorte de tic. Je constatais que, quand je ne me surveillais pas, cette épaule, par réflexe, remontait. En toutes occasions, et très longtemps, je me mis à la surveiller, et à essayer, farouchement, de la dompter. Je restais néanmoins handicapée, par rapport à mon côté droit, pour tous les mouvements d’équilibre nécessitant une coordination fine des réflexes. Certes, c’est souvent le cas, même sans mauvaise attitude. N’empêche : pour moi, qui eut la satisfaction, par la suite, de me voir, sur les photos, droite comme un pilier, cette arrière-pensée resta présente, de très longues années : je devais « faire gaffe » ! Et je « faisais gaffe » !

 

Cette expérience de vie me rendit très sensible aux attitudes réflexes vicieuses que beaucoup de personnes présentent, sans du tout s’en rendre compte…et depuis, je combats et je milite pour « la belle attitude ».

 

Ce n’est pas qu’une question esthétique. Cela intervient dans la maîtrise du corps, en général : il convient que votre corps vous obéisse au maximum, et non que ce soit le contraire ! Sans compter que plus les années passent, plus nos vertèbres ont tendance à perdre de la substance. Ce qui produit alors un tassement. Qui rapetisse la personne. Non seulement, mais, lors de ce tassement, les vertèbres prennent une mauvaise position : soit elles ont tendance à former une bosse, dans l’axe (cyphose), soit dans le plan perpendiculaire (scoliose). Non seulement c’est moche, mais cela est cause de douleurs qui peuvent être extrêmement fortes. Non seulement, mais les organes sont comprimés, et l’amplitude de la respiration s’en trouve amoindrie.

 

Dans les EHPAD où je me rends régulièrement , je fais pratiquer aux personnes un certain nombre d’exercices pour leur remettre le dos en bonne position, du moins pour le tenter, et diminuer les déformations. Une personne longtemps assise dans la journée risque énormément d’en pâtir à la longue – à tous points de vue, d’ailleurs. Tout est mieux que de rester assis sans bouger. Mais pour ceux et celles qui bougent encore, n’attendez pas jusqu’à 80 ans pour avoir conscience du danger : il sera très très tard pour commencer à vous en soucier : le taïchi est une discipline douce très bonne pour l’équilibre (physique et mental…) – adaptez le choix d’un sport à vos capacités : la simple marche, à grands pas, régulièrement, à une certaine allure, vous permettra déjà de réapprendre à vous tenir droit – pour le cas où…

 

Ce que je peux vous dire, du fond du cœur :

Je reste sidérée en face de certaines personnes que je connais depuis des décennies, dont la taille se situait un peu (ou plus qu’un peu) au-dessus de la mienne, et qui sont devenues franchement plus petites que moi. Je me garde bien de le leur faire remarquer, mais j’en suis, véritablement – choquée !

Je trouve que c’est un gâchis !

Par contre, il y a un monsieur qui fait du taïchi avec moi. C’est le doyen pour la France. Il fait bien 1,80 m  et se tient droit comme un piquet : c’est une longue habitude du sport qui en est responsable !

 

Surveillez-vous !

Tante Yvonne

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